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Trois jours, soit deux jours d’échanges et un jour de visite touristique, c’est le temps qu’aura duré ce séminaire. « Le temps d’un instant », ouï-t-on dire. Rien à voir cependant avec la densité des échanges qui auront meublé cet événement scientifique organisé par les Alumni du Deutscher Akademischer Austrauschdienst et coordonné par le professeur Albert GOUAFFO de l’université de Dschang.

Le triduum intellectuel qui a réuni plus d’une soixantaine d’anciens boursiers de l’Allemagne à côté d’autres chercheurs et universitaires venus d’horizons divers autour des questions de patrimoine, s’est organisé autour de trois sections, huit panels pour un total de vingt et une présentations. Tour à tour, la trentaine d’orateurs présents s’est succédé au pupitre de la salle des conférences des Musée des civilisations de Dschang paré à l’effet d’accueillir cet événement d’envergure internationale.

De la présentation de la conférence faite par son coordonnateur scientifique au cours de la cérémonie d’ouverture à la leçon inaugurale faite par le professeur David SIMO, il apparait bien plus qu’une coïncidence que l’organisation de ce séminaire s’inscrit dans l’urgence de l’action face à la problématique de développement intégral du Cameroun, de l’Afrique. C’est d’ailleurs la motivation première du Pr Albert GOUAFFO qui insiste sur la réalité selon laquelle « nous passons forcément un jour ou l’autre, mais les objets restent ». Il est donc nécessaire que ces « objets » sur lesquels sont ancrées nos valeurs retrouvent leurs places où ils auraient dû être depuis toujours, auprès des leurs, ici en Afrique, avec le peuple qui y reste encore connecté jusqu’ici. C’est de là que partira le véritable développement du continent à la mélanine, un développement qui ne soit aucunement calqué  sur un quelconque modèle étranger, mais atypique parce que prenant en compte tous les aspects de notre culture.

Cela passera incontestablement par « les area studies -qui- procurent des grands savoirs, lesquels savoirs sont destinés à asseoir l’hégémonie sur l’autre », pense le Professeur David SIMO. Pour le  germaniste auteur de la leçon inaugurale sur le thème Germanistique et géopolitique, il est important de bien connaître le colonisateur d’hier afin de mieux de se débarrasser du cordon ombilical néocolonialiste qu’il entretient encore avec nous.  Le doyen de la germanistique au Cameroun pense qu’il n’y a pas lieu d’être alarmiste, car « ce n’est pas parce qu’une jeune dame porte une perruque, des mèches qui viennent d’ailleurs, que forcément ce qu’il y a dans son cerveau vient aussi d’ailleurs ». C’est sur la note de cette leçon inaugurale qui situe le paradigme dans lequel se situent ces réflexions que les différents panels se mettent enfin en place à l’effet de cogiter sur les différentes pistes de réflexions proposées :

D’abord les défis de la renaissance africaine/camerounaise  et renégociations de nouveaux rapports de coopération plus juste (section I). Ici les experts de trois panels présentent les résultats de leurs travaux sur les l’état des lieux du patrimoine culturel africain/camerounais et les pistes de renégociation de rapports plus équitables entre le colon et le colonisé d’hier. C’est ainsi qu’on a une présentation sur l’impact du choc culturel sur les comportements sociaux endogènes africains : cas du Cameroun où SM Innocent NAYANG TOUKAM, le Rois de Batoufam soutient la thèse selon laquelle cette rencontre interculturelle a bien souvent occasionné des chocs culturels qui n’ont pas toujours laissé notre culture immaculée. Il est en cela rejoint par le Dr MARIEMBE pour qui le patrimoine a ceci de particulier qu’il est collectif, c’est-à-dire qu’il est identifiable par la communauté qui elle-même s’identifie à lui à travers des valeurs communes. (In patrimoine pour mémoire : de l’écriture historique au développement inclusif des peuples).

Mme Paule-Clisthène DASSI KOUDJOU qui fera son exposé sur les Savoirs patrimoniaux et la place du médiateur culturel : enjeux pour un développement autocentré de l’Afrique semble bien engagée sur le postulat que l’Afrique doit penser et orchestrer son développement à elle-même, avec ses propres conditions. Cependant, pour le cas spécifique du Cameroun, un état des lieux de notre patrimoine culturel spolié est le bienvenu ! C’est donc à cet exercice que s’est livré Dr Richard TSOGANG FOSSI qui s’est intéressé au patrimoine culturel Camerounais en Allemagne : situations et défis.

Ensuite vient le moment où il faut Se reconnecter avec sa mémoire  (pré)coloniale pour mieux penser le futur (section II).  Ici, tour à tour, le Pr Gratien ATINDOGBE (patrimoine culturel africain, langues en disparition et mondialisation), le Dr DJIALA MELLIE Diderot (représentation du patrimoine culturel africain chez les étudiants de l’université de Dschang : enjeux et perspectives), les professeurs Leopold LEHMAN (impact de l’aliénation culturelle des jeunes africains sur le futur du continent et du monde) et Emmanuel AZIE TANGE (the influence of colonialism on Cameroon’s culture and and development), Lucie MBIGNING NANKEN (la « oral history » comme méthode d’investigation sur le patrimoine culturel et historique absent au Cameroun et présent en Europe. Leçons de terrain sur la recherche de provenance) et Yrine Karitou MATCHINDA (L’officier Allemand Max von Stetten et la collection d’objets d’art des Bakweri, des Fangs Béti, des Vouté et des Ngumba au Museum fünf Kontinente de Munich : enjeux mémoriels pour les communautés d’origines) se livrent auu même exercice que leurs prédécesseurs de la section précédente en présentant chacun les résultats de ses fouilles. Un point leur est commun : tous s’accordent sur la plus qu’urgence d’une reconnexion avec la mémoire, fut-elle précoloniale ou même coloniale, car il n’y a qu’elle qui puisse établir la vérité, la lumière sur la sempiternelle question du patrimoine culturel africain et de sa quête.

Enfin on peut coproduire aujourd’hui le savoir sur le patrimoine culturel présent et absent du Cameroun et d’Afrique (section III).  Ici intervient un muséologue, le Dr Serge NOUKEU, qui pense qu’il est tout à fait possible aujourd’hui de coproduire le savoir sur le patrimoine culturel présent et absent du Cameroun et d’Afrique, cela passerait inéluctablement selon lui par les pistes d’une restitution de ce patrimoine culturel spolié pendant la colonisation occidentale.  Quoi de plus illustratif qu’une autobiographie pour illustrer ce pèlerinage  sur la route de la quête puis de la reconnexion au patrimoine culturel africain en vue d’un développement intégral. Ngaoundéré-saarbrücken-Dschang-Banganbté : Récit d’une expérience porteuse, est le récit de   l’odyssée d’un alumnus du  DAAD, le professeur Esaïe DJOMO sur le chemin d’une déconnexion inconsciente puis d’une reconnexion stratégique à la terre natale. It is important to reconstruct a framework for the conservation of tangible and intangible national heritage, the case of the Yaoundé university theatre is a palpable example, nous dit le Pr Emelda NGUFOR SAMBA, allant dans le même sens que celui qui a été autre fois chef du département des langues étrangères appliquées à l’université de Dschang, à qui on doit les programmes d’études trilingues.  La présentation du Dr Omer TADAHA sur Des récits de vie comme récits des collections d’objets spoliés en Afrique pendant la colonisation allemande : une analyse autobiographique des récits de voyages au Cameroun Allemand, vient clôturer la phase des autobiographies.

La diplomatie ne sera pas en reste au cours de ce rendez-vous intellectuel du donner et du recevoir.  Des thèmes comme Academic mobility and cultural diplomacy: the German impact on Cameroon du Prof Charles NGIEWIH TEKE, DAAD change through exchange de Jörg HARTMANN, Des lieux du patrimoine: mobilité et enjeux de la patrimonialisation (M. Mathias DONFOUET), et Réflexions sur les échanges entre l’Allemagne et le Cameroun depuis l’époque coloniale du Prof Alexandre NDEFFO, viendront édifier d’une teinte tant historique que diplomatique les participants à cet événement, non pas sans montrer que L’Eau et l’assainissement pour tous en Afrique noire constitue encore jusqu’ici le parent pauvre des Objectifs du développement durable, toute chose qu’il faudrait bien sûr corriger afin de de parachever le développement qui fait l’objet de toutes nos invocations, nous dit le Dr Wilfried Arsène LETAH. Peut-être cette allusion faite sur l’eau, l’assainissement et les ODD serait-ce une brèche ainsi ouverte sur les problématiques à développer lors des prochaines assises de ce genre ! MAY BE ! En attendant, ce qui demeure sûr cependant, c’est la décision de création d’une TASK FORCE  qui rassemblera des experts de divers domaines pour la mise en œuvre des propositions faites au cours des réflexions de ces deux jours. Comme quoi les fruits de l’arbre se font déjà admirer. L’annonce a été faite séance tenante par le représentant du président de l’association ABC-DAAD, Professeur Léopold LEHMAN de l’université de Douala. Ladite TASK FORCE aidera donc entre autres, à accélérer le processus de recensement et restitution de notre patrimoine culturel spolié pendant la colonisation et qui réside tranquillement dans les musées Européens, subissant parfois le déshonneur de la solitude et la moisissure des magasins : triste sort.

a boucle de cette rencontre  de réflexion des Alumni du DAAD, s’est bouclée ce vendredi 16 Avril 2021 par une excursion au musée Royal de la chefferie Batoufam où il y a eu une visite du musée à ciel ouvert de la chefferie. Illustration parfaite de la reconnexion aux sources de la mémoire et du patrimoine culturel: tout est bien qui finit bien.

RomelNGOUAJIO/Xavier DJAGBARA

Lien: https://atipik-cm.com/2021/04/20/patrimoine-culturel-africain-emporte-en-europe-les-anciens-boursiers-du-daad-cameroun-trouvent-la-solution/

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